Puis le garde releva la tête.

Ses yeux étaient secs: une flamme tragique y brillait...

—Merci, monsieur, prononça-t-il; vous m'avez sauvé de moi-même.

Il fit un pas vers la jeune fille et reprit lentement, avec calme et douceur:

—Il faut nous séparer, Florette. Nos deux chemins bifurquent. L'homme qui représente ta famille, ta fortune, ton avenir,—tu as entendu M. le marquis,—l'exige au nom des liens du sang. Je ne suis que ton ami: il est ton second père. Obéis à sa volonté; rejoins-le et aime-le: c'est ta fonction. La mienne est de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer ton bonheur. Ce bonheur est là-bas, dit-on. Pars donc; mais souviens-toi que tu laisses ici un malheureux qui eût donné sa vie pour te conserver!...

Il ajouta entre ses dents, qu'il serrait pour étouffer ses sanglots au passage:

—Et qui mourra peut-être pour t'avoir perdue!...

Comme le soir où il lui donna asile au pavillon de la Faisanderie, notre héroïne se précipita sur les deux mains qu'il lui tendait; elle les éleva vers son visage et les pressa contre son cou, sous son menton, ce qui est un profond geste de tendresse:

—Oh! mon ami, murmura-t-elle, Dieu m'est témoin que j'aurais voulu ne vous quitter jamais!...

Puis elle inclina son beau front. Ses paupières se baissèrent. A quoi songeait-elle?