Quand celui-ci eut terminé, un soupir de soulagement—identique à celui qu'avait rendu Gaston—souleva le sein agité de Denise, et cette phrase de gratitude, que nous avons surprise dans la bouche du marquis, vint expirer sur ses lèvres:
—Dieu soit loué! Il a gardé notre secret, et mon frère ne sait rien!
—C'est un cœur d'or, ce ci-devant. Tu as pu l'approcher durant son séjour au château, il y a une dizaine d'années,—et je m'étonne, à ce propos, qu'il ne m'ait pas parlé de toi... Après cela, tu étais si jeunette et les temps étaient si mauvais... Il ne t'aura peut-être pas remarquée...
Une ardente rougeur envahit les joues de Denise. Son frère continua avec un accent sérieux:
—Songe que, sans lui, il y a longtemps que je dormirais, là-bas, dans la plaine de Dawendorf, et que vous auriez eu à pleurer,—le père et toi,—le pauvre diable de soldat tombé sous la lance des uhlans... Il n'y a plus de seigneurs, c'est vrai: mais il y aura toujours des créanciers et des débiteurs. Je dois la vie au citoyen marquis. Tu m'aideras à m'acquitter, n'est-ce pas? Sacrodioux! la République n'a pas encore décrété la banqueroute pour les dettes de cette nature!...
Puis, revenant à son ton de jovialité habituelle:
—Aussi, dès demain matin, me présenterai-je au château—en grande tenue—avec mon uniforme neuf, mes aiguillettes, mon sabre et tout le harnachement.
La jeune fille secoua la tête:
—Le marquis Gaston n'est pas au château.