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Au Coq-en-Pâte, Joë Blagg avait conquis toute la maisonnée. C'était un drôle insinuant, flatteur, jovial, magnifique, bavard, divertissant, multiple et d'un entrain irrésistible. Il chassait avec Sébastien, pêchait avec François, jouait aux cartes avec tous deux et se grisait consciencieusement en leur aimable compagnie.
Au jeu, on le gagnait, et il riait; on le trichait, et il riait encore; on le volait, et il riait toujours. A table, il amusait les convives par toute sorte de tours d'adresse: il avalait les cuillères et les fourchettes, faisait tenir les couteaux en équilibre sur son nez, escamotait les plats, les verres et les bouteilles avec l'habileté de Comus,—le physicien de l'ex-roi,—chantait des refrains croustillants et imitait le cri de différents animaux. Après quoi, il finissait généralement par rouler,—plein de boisson,—sur le parquet.
Les deux cadets en raffolaient. Sébastien disait gravement:
—C'est un lapin qui a de jolis talents de société!
Et François ajoutait avec non moins de conviction:
—Un beau-frère comme il nous en faudrait un, quoi! au lieu de ce haut-la-queue de gendarme!
Leur aîné pensait simplement:
—Plus bête que méchant. Un coquin qui ne songe qu'à mener le branle des écus de son maître. J'avais tort de le suspecter.
Agnès Chassard, de son côté, faisait fête à son pensionnaire, car elle voyait en un mirage la sacoche du nabab hollandais expectorer toutes ses espèces pour solder la note qui s'enflait,—et l'ivresse jaune de l'or lui montait au cerveau.