Il s'excusa sur une migraine prise à l'église. La chaleur, les parfums… Il avait toujours eu horreur de ces fêtes-là. Il n'aimait pas le monde.
— Je comprends ça, dit Hélène.
— Je me suis défilé après les compliments d'usage. Votre cousine était charmante pourtant, dans sa robe blanche…
Sceptique, elle sourit :
— Vous êtes comme ce vieux général italien qui répondait aux reproches de ses amis : « De quoi vous plaignez-vous? Je vous ai bien dit la vérité, si je ne vous ai pas dit toute la vérité. »
Arden rougit. Il dut avouer qu'il trouvait Mme Yvonne trop jeune.
— Une façon délicate d'insinuer que son mari est trop vieux? reprit Hélène.
Arden la regarda bien en face.
— Franchement, vous qui connaissez votre cousine, comment expliquez-vous un mariage pareil? Elle est riche, elle est jolie. Qui la forçait de prendre un tel Céladon?
Elle réfléchit un instant, ne put trouver d'autre raison qu'une idée préconçue chez Yvonne de n'épouser qu'un homme assez âgé pour être sûre d'en rester aimée, assez docile pour le soumettre à toutes ses fantaisies. Craignant de trouver un maître, elle s'était assurée d'un esclave. Calcul bien peu digne d'une jeune fille, mais calcul trop fréquent aujourd'hui où le mariage n'est le plus souvent qu'une affaire… Elle secoua la tête, avouant de la sorte que si elle pouvait à la rigueur trouver une explication, elle ne pouvait pas trouver d'excuse. Arden par délicatesse n'insistait pas ; mais elle vit bien qu'il la comprenait ; ils firent quelques pas en silence, leurs pensées se pénétraient. Hélène devina qu'il interprétait comme elle et l'union disproportionnée d'Yvonne et ce qu'il y avait de honteux dans la réconciliation officielle de Germaine, ainsi que dans la souriante acceptation de tous.