— Tu es dur, fit-elle. Tu me dis cela brutalement, sans un mot de préparation, de regret. As-tu bien réfléchi?

André haussa légèrement les épaules. « Pauvre maman, songeait Hélène, tu perds ton temps ; André ne perd pas le sien, va! Droit au but… » D'ailleurs elle l'approuvait ; un départ s'indiquait, à tous les points de vue. Mais que pouvait-il penser, au fond? Vraiment, ne gardait-il pas une gêne intérieure?… Cela, ne fût-ce que par orgueil, jamais il ne le montrerait.

— Au moins, supplia Mme Dugast d'une voix plaintive, tu ne t'en vas pas tout de suite? Je te verrai chaque jour? Reste à dîner!

André promit. Il entamait maintenant une conversation d'affaires, réclamait à sa mère certains papiers ; elle lui offrit de venir les chercher lui-même, dans le cabinet de travail.

— Six heures et demie, fit-elle, en regardant la pendule. Je crois qu'on peut lever la séance.

Hélène, demeurée seule, ouvrait la fenêtre ; les bruits de la rue entrèrent. Elle s'accoudait à la barre, regardait, songeuse, une petite charrette de fleurs poussée par une vieille marchande. Tout le jardin de la Neuville et les champs de Rosay s'étendirent. Au bout d'un instant, le bruit d'une porte refermée, le sentiment d'une présence la tiraient de sa courte rêverie. Elle se retourna : Dormoy… Et de sa voix mondaine, où il y avait pourtant toujours une sincérité, elle s'exclamait, main tendue :

— C'est vraiment bien aimable à vous d'être venu.

— Je tenais à vous apporter, dit le peintre avec ses inflexions les plus suaves, tous mes remerciements ainsi qu'à madame votre mère pour votre gracieuse visite à mon exposition.

Peu de compliments, ajoutait-il, lui tenaient aussi à cœur que les siens. Il savait tout ce que Mlle Dugast avait d'élévation, de sens critique, de véritable goût… Mais n'aurait-il pas l'honneur de saluer Mme Dugast?

— Ma mère va venir, dit-elle ; elle termine une affaire avec André.