Le tribunal de Genève a rendu un récent arrêt par lequel il décide que les vieilles filles ont légalement droit au titre de « Madame », pourvu qu’elles aient dépassé la trentaine. Ce jugement plein de bon sens vaut bien, on en conviendra, ceux des cours de Lyon, de Caen et la Cour de Cassation, cités plus haut. Ce n’est pas la première fois que la lumière nous vient du libéral petit peuple suisse.
Ne la mettons pas sous le boisseau. Et si nous continuons à appeler Mademoiselle les vierges sages ou les vierges folles qui le désireront, concédons le titre de Madame à celles qui, légalement ou non, tout à l’exemple de l’homme, ont fait prouve qu’elles ne sont plus même des demi-vierges, et qu’elles sont femmes ou mères tout à fait.
LA CHASSE A LA DOT
La dot, voilà ce qui fascine notre bourgeoisie. Enfants et parents.
Eh bien, il faut avoir le courage de le dire : La dot est une plaie !
D’abord, sa poursuite est immorale. Surtout quand elle vient de jeunes oisifs et d’incapables paresseux. Il y a là quelque chose qui répugne. L’argent qui n’est pas le paiement d’un travail porte en soi quelque chose d’abject. Seuls l’effort, le labeur, l’intelligence, la droiture, la volonté employés à l’acquérir le purifient.
Ensuite, la dot a cela de vengeur qu’elle aveugle celui qui court après. Sa femme sera-t-elle saine, lui donnera-t-elle de beaux enfants ? Mais oui, puisqu’elle est riche ! Et il ne remarque pas, il ne veut pas remarquer qu’elle a le sang pauvre, des tares héréditaires, des germes morbides.
Sa femme sera-t-elle la bonne associée, la compagne instruite et éclairée, le réconfort des heures difficiles ? Mais oui, mais oui, puisqu’elle est riche ! Et il ne voit pas, il ne veut pas voir qu’ils n’ont pas un sentiment, un goût, une idée communs, qu’elle sera hostile, étrangère, absente à son foyer.
Il ne vérifiera pas davantage s’il y a entre eux ces affinités d’éducation, ces parités de milieu indispensables à l’entente, à la compréhension mutuelles. Il ne se souciera pas des antécédents de famille ; il acceptera, les yeux fermés, tout ce qui pourra plus tard devenir entre eux une cause de froideur, d’éloignement. Qu’importe cela ? Puisqu’elle est riche !
La dot lui bouche les yeux. Quant au bonheur, il ne doute pas qu’il ne le possède avec l’argent. Le niais ! Comme si le bonheur dépendait de la fortune, comme si les besoins ne s’accroissaient pas en raison de ce qu’on a, comme si la satiété ne suivait pas toute possession, comme si on ne désirait pas avoir aussitôt davantage.