Puis, le soir, reposé d'âme et fatigué de corps, c'est presque gaîment qu'il rentrait chez lui; avant qu'il n'eût sonné, il devinait que sa femme était derrière la porte, l'entendant, l'attendant; la porte s'ouvrait, et les soucis du jour s'en allaient entre deux baisers.
III
Ils étaient mariés depuis cinq semaines, lorsque Mme de Mercy parut et entra dans leur vie.
Depuis trois jours elle était à Paris, où personne ne soupçonnait sa présence. Elle voulut, le premier soir, courir embrasser ses enfants, mais elle se retint. Une pudeur singulière, presque invincible, l'empêchait de pénétrer brusquement chez le jeune ménage, de s'annoncer en disant: «C'est moi!» Il lui semblait être devenue une étrangère pour son fils, depuis qu'il lui avait préféré une autre femme.
Deux journées s'écoulèrent pour elle en réflexions douloureuses. Son âme était dévorée par le scrupule; dans son esprit, pour la moindre chose, que de tergiversations, de doutes: elle s'était rendue ainsi longtemps malheureuse. Seuls, les événements graves, les nécessités violentes, lui rendaient une énergie subite, une volonté robuste et entêtée.
Elle se disait, aux cours des heures intolérablement longues:
«Ai-je tort? je devrais être dans leurs bras! Pourquoi ai-je passé en deuil un temps précieux, qui aurait dû être fête pour moi?…»
Le regard surpris de sa vieille servante, Odile, la gênait alors.
«Si elle leur écrivait son retour? ou qu'André eût l'esprit de le deviner? Il accourrait, la serrerait dans ses bras, lui confierait bien des choses. Elle avait tant besoin de le voir seul, de l'entendre, de le retrouver!»
Alors elle se levait, prête à courir chez lui, mais une mélancolie poignante l'arrêtait: