«Il n'est plus seul, mon grand garçon!… Mon Dieu!—s'écria-t-elle avec ferveur,—faites qu'il soit heureux!»
La précipitation de ce mariage l'avait assombrie. Quelles tristes journées passées chez Mme d'Ayral! Là-bas, le jour où son fils se mariait, elle n'avait fait que pleurer. Elle regrettait de n'avoir pas assisté aux cérémonies; quels vains scrupules, quelle gêne mauvaise l'en avaient donc empêchée? n'était-ce pas mal d'avoir ainsi voulu dégager sa responsabilité? Mais non, celle-ci lui restait entière. Alors à quoi bon cette abstention? Elle savait trop bien à quelles suggestions d'orgueil elle avait obéi; et ses préjugés incurables, reprenant le dessus, elle s'écria:
—Mon Dieu, pourvu que cette personne soit bien élevée, qu'elle fasse honneur à André dans le monde!
Le monde; André ne comptait pas y aller.
Le troisième jour, Mme de Mercy n'y tint plus; ayant communié le matin, afin que son âme, lavée de toute pensée trouble ou injuste, fût ouverte à toutes les tendresses et à tous les pardons, elle rassembla son courage, et se rendit chez ses enfants.
Le coeur lui battait fort, quand elle demanda à Mme Ouflon:
—Madame de Mercy?
Elle fut étonnée, ces paroles dites, d'avoir prononcé son propre nom. Il existait donc, maintenant, une seconde Mme de Mercy?
Elle attendit dans le cabinet de travail d'André, regardant les murs avec curiosité, comme si elle ne reconnaissait pas cet appartement, qu'elle avait loué, meublé, orné avec lui, pour lui.
La portière se souleva, Toinette parut, interdite, devina l'étrangère en deuil, puis après cinq ou six secondes de silence, les deux femmes s'embrassèrent, trop émues pour parler.