Ce fut le père qui répondit. Sa lettre portait comme toujours l'en-tête des Chemins de fer, et calligraphie et paraphe étaient d'une netteté et d'un calme admirables. Il faisait l'étonné. Les jeunes gens n'étaient donc pas assez riches? Quoi! ils demandaient à des gens plus vieux qu'eux, et qui avaient toujours travaillé? Il les exhortait avec bonté à ne pas se décourager, et il leur envoyait sa bénédiction paternelle.
De la rente promise, pas un mot.
—C'est fort! dit André.
—Maman a dicté,—dit la jeune femme, et elle se sentit triste et honteuse des siens. Leur mauvaise foi la frappait. André ne l'aimerait plus. Il la serra fortement dans ses bras, et dit, comme par acquit de conscience.
—Écrirai-je à ta mère?
—Si tu veux!…—Elle n'espérait plus.
La réponse de Mme Rosin fut un chef-d'oeuvre.
«André parlait d'une rente, l'avait-on stipulée? Elle en doutait, car nul souvenir ne lui était resté. D'ailleurs, quatre cents francs par an étaient une somme énorme, écrasante; où aurait-elle pu les prendre? Elle était la plus malheureuse des mères, elle en pleurait,—il y avait en effet des taches d'humidité sur le papier—elle aurait donc toujours des chagrins? Ah! si elle n'avait pas de consolation dans son propre fils… Il allait bien. Dimanche dernier, on avait fait une partie aux environs, c'est Alphonse qui avait le mieux dîné, il avait chanté des chansons à faire mourir de rire. Elle embrassait ses enfants de Paris en leur recommandant de travailler, d'être sages, et surtout de ne pas se tracasser; les ennuis s'en vont comme ils viennent, mon Dieu!»
Cette lettre jeta André dans une stupeur qui se changea vite en colère, mais Toinette le calma. Elle avait l'habitude de ses parents. C'était ainsi, on n'y pourrait rien changer.
Alors tous deux se résignèrent.