Cela irritait André. De ce côté, les préoccupations ne finiraient-elles donc jamais? Il s'était bien résigné, lui; pourquoi sa femme n'en ferait-elle pas de même? Quel meilleur sort eût-elle eu, vieille fille en province? Au lieu de lui, porteur d'un nom et d'une pauvreté sans reproche, quel cuistre eût-elle épousée? Mais, il se l'avouait, les provinciales se détachent difficilement de la crotte des rues natales. À quoi servait-il à Toinette de s'appeler Mme de Mercy? qui le savait? que lui en valait-il? tandis qu'à Châteaulus, elle était quelqu'un; passait-elle le dimanche sur le Cours, on disait: «Ah! voilà mademoiselle Rosin. Elle a mis sa robe bleue, etc.»—«À cela, pensait-il, je ne peux rien.

Mais pourquoi ne pas accepter notre vie, puisqu'elle est fatale, inévitable?»

Oui, lui, l'homme, qui avait du jugement et quelque expérience, pouvait raisonner ainsi, mais elle, encore presque enfant, ignorante de tout, loin de trouver les choses à son gré, les jugeait au contraire par trop différentes du vague idéal qu'elle s'en était fait.

Des souvenirs de couvent lui revenaient, et elle les disait à André, avec excès. À la longue cela l'agaçait. Il n'osait répondre:

«Oui, mais pendant ce temps-là, vous n'aviez rien à faire qu'a savoir vos petites leçons, pianoter, et caqueter avec vos amies, sans devoir ni responsabilité. Vous en avez aujourd'hui.»

Ou bien elle disait:

—Ah! quelle fatigue, il m'a fallu changer deux fois de pantalon à
Jacques; j'ai recousu trois paires de bas, j'en ai mal à la tête.

«Parbleu! pensait-il, moi aussi j'ai mal à la tête!»

Dans ces dispositions mutuelles, Toinette et André s'aigrirent, un mauvais vent souffla sur eux. Elle surtout était agressive, méchante. Dans les discussions elle répondait à côté, blessante souvent. Jamais elle ne revenait la première. André, las, cessa d'être faible, commanda. Elle dut se taire, céder; mais lui, épiant les regards hargneux et sournois de sa femme, se disait:

«Je suis peut-être trop dur? Et non! il faut être le maître.»