Elle partit sans pleurer; tous deux furent fermes quoique, au fond, près de sangloter.
—Adieu, mère, cria-t-il.
Il lui sembla qu'ils étaient séparés, pour toujours, que sa vie se brisait en deux: derrière lui était le passé maternel, devant, l'avenir conjugal. Il lui vint des regrets, presque des remords.
Il arriva à la garé une heure trop tôt. Là son attente s'éternisa. Rien de triste comme ces halls immenses où se presse la foule. Sur les bancs des soldats dorment, des paysannes rigides patientent, de gros paniers entre les jambes, des élégantes, sentant l'iris, sous des manteaux de voyage, passent au bras d'hommes corrects, des familles endormies se tassent autour du mari, qui s'éloigne en courant, revient et fait des gestes désespérés, parce qu'on a oublié quelque objet sans importance. Plus tristes encore, les salles d'attente, le quai, la voie où circulent des trains, lentement, avec le fanal rouge qui grossit ou diminue avec eux, triste le wagon où André se blottit.
Une lâcheté le prend, de ne point partir, mais elle l'empêche de se lever; les portières se ferment, et l'on roule. André rêve, soulagé, et peu à peu le mouvement accéléré du train le berce et l'égaie. Il a franchi ses doutes et il a soif d'action. Le train court, l'emporte vers la vie nouvelle.
La nuit s'écoula.—Châteaulus!
Toinette est là, qui l'attend, et ils s'étreignent, ardemment.
Elle a embelli, son teint à une animation fiévreuse, ses yeux brillent; dans l'enfant presque gauche, à l'allure provinciale, un invisible rien a changé le tour des cheveux, assoupli la démarche et changé presque en femme, la vierge.
André n'entrevit ses beaux-parents et Berthe, qu'à travers une brume: il ne vit que Toinette, elle seule emplit les cinq jours d'attente qui les séparaient du mariage. Il logeait chez les Rosin, on l'installa dans une grande chambre, où la fenêtre s'ouvrait sur la campagne.
Du matin au soir, il ne quitte pas Antoinette.