Le père est au bureau, le fils aussi. Le grand-père passe les après-midi dehors, ou enfermé à lire. Berthe gênée, s'efface. La mère, indifférente, vaque à ses affaires et les deux fiancés restent seuls, dans le salon.
Quand ils sont las de parler, de se regarder, ils s'embrassent.
Un grand canapé les attire: s'y tenant par la taille, ils semblent vivre, les yeux noyés, dans un rêve.
Toinette est confiante, naïve, et rougit à peine, sous les lèvres chaudes de son ami.
Vierge et toute pure, elle ne sait rien du mal, n'a pas d'hypocrites pudeurs. Ses yeux sont beaux. Sa bouche est fraîche comme un fruit.
Les aveux coulent de leurs lièvres.
«Que le temps a été long? Qu'ont-ils faits, loin l'un de l'autre.»
Ils se le disent.
Puis ce sont des riens, des enfantillages, la joie des repas, des promenades, où il faut garder un air sérieux. Toinette rit, car son soudain mariage a mis la ville en tumulte. Leur maison n'a pas désempli de visiteurs. Des amies se sont fâchées. Personne n'a voulu croire à une union si rapide; en province, à Châteaulus surtout, on reste deux ans, trois ans fiancés; les familles se brouillent, se raccommodent, les enfants en souffrent; qu'importe! c'est la coutume.
Et dans la rue, André reçoit d'étranges regards qui lui arrivent, comme des coups. Il sent qu'on le hait, qu'on le dénigre. On n'aime pas que l'étranger vienne prendre les filles; n'appartiennent-elles pas de droit au groupe de la jeunesse fainéante, cancanière et stupide, qui perd son temps au café et au cercle?