Rentrer en France, dans ma morne existence, après ce flamboiement de lumière, me déchira. Nul paradis n’était plus selon mon cœur que ce sol aphrodisiaque où l’âme et les sens s’exaltent à la splendeur de vivre dans un perpétuel printemps ou un torride été.
Mais le joug que je m’étais imposé me tirait, par-delà la mer, vers ma geôle. Il fallut quitter le royaume d’Éden et retourner à mon double labeur de scribe et d’écrivain.
III
A cette époque remonte mon entrée à la Revue des Deux-Mondes, sous les auspices du général de Galliffet, avec qui nous étions restés en relations espacées. Encore dans sa verdeur d’héroïque cavalier, Parisien très répandu, il me témoigna de l’intérêt :
« Je ne puis, déclara-t-il, vous présenter chez M. et Mme Buloz comme littérateur ; vous n’êtes pas encore assez connu. Mais les valseurs manquent cet hiver dans leur salon, je vous amènerai comme valseur ! »
J’eus beau objecter que je ne dansais pas, que j’avais ce sport en horreur, qu’il valait mieux attendre que j’eusse acquis un peu plus de notoriété, Galliffet n’en voulut pas démordre. « Le tout, affirma-t-il, était d’entrer dans la place ; une fois là, je me débrouillerais ! » Et le lendemain, il vint me prendre, carillonna à toutes les portes sans que je l’entendisse, cassa des sonnettes, fit un vacarme de tous les diables et repartit en coup de vent. Quand, informé par le concierge, je me précipitai, morfondu et désolé, rue de l’Université, le général, sans même entendre d’explications, me poussa dans le salon au feu des lustres, comme un conscrit, et me désignant à la maîtresse de maison, de sa plus belle voix de commandement :
« Madame, je vous présente Monsieur Paul Margueritte, un danseur ! »
Je m’anéantis dans un plongeon de confusion, confusion qui s’accrut quand Galliffet, quelques minutes après, me colloqua à Albert Delpit :
« Ce garçon-là veut faire de la littérature ; Delpit, donnez-lui des conseils ! »
Mon visage trahit-il un involontaire désarroi ? Delpit s’écria, plaintif :