Dehors, la triste rue de Grenelle et son courant d’air aigre ; la rue de Bellechasse où plusieurs points de repère me sont déjà familiers.
D’abord la maison où habite Alphonse Daudet : seuil fascinant, mais d’où, moins heureux que pour Dumas fils, je ne vois jamais sortir le maître.
Se peut-il ? Daudet demeure là, simple mortel, dans un appartement, comme vous et moi : Daudet, le magicien du Midi, le sensitif, le frémissant conteur qui vivifie tout ce qu’il touche, Daudet dont j’ai déjà lu tous les romans, mais dont je ne connais, comme portrait, qu’une photographie grandeur nature, rue de Rivoli, où, jeune, il exhibe une chevelure embroussaillée de prophète et dirige sur vous ce noir, ce doux, ce nostalgique regard qu’avive jusqu’à l’aigu le monocle !
Comment fait-il pour que ce petit carreau tienne si bien ? Moi, je n’ai jamais pu.
« Si tu allais voir Monsieur Daudet, si tu lui écrivais, m’a suggéré ma mère, peut-être te recevrait-il ?… »
Ah ! bien, oui ! Je l’admire trop pour oser le déranger. Que lui dirais-je qui ne soit pauvre, gauche, indiscret ?… Plus tard, oui, si j’ai du talent. Mais d’ici là, je me contente de saluer au passage, avec tendresse, avec amour, le cadre de pierre et les vantaux de bois que surmonte le chiffre 31, sur une plaque bleue.
A côté, plus prosaïque, s’ouvre la boutique de mon coiffeur. Car j’ai un coiffeur qui rase mes joues glabres, et calamistre mes cheveux longs à la mode romantique. Comme ils ne bouclent ni ne frisent et sont du bois dont on fait les baguettes de tambour, le petit fer n’est pas de trop : il leur donne une cambrure savante, les enroule sur mon col d’un tour à la fois élégant et noble. Ce coiffeur me méprise pour le mal que je lui donne ; cette recherche capillaire affectée le blesse ; car il est presque chauve — et seul mon regard sévère, dans la glace, réprime ses reniflements indociles et ses moues vitupératives.
Mais voici le troisième but atteint. Après la cour verdie, quoique aucune herbe ne pousse entre les pavés, après l’escalier, le coup de timbre ; Julie ouvre. C’est notre appartement.
II
Eh quoi ? Encore un ?