— Madame préférera sans doute la truite froide à la Monticelli ?
Une jardinière de légumes en mayonnaise la recouvrait, formant tableau de couleurs vives.
— Oui ? Ensuite, naturellement, les cassolettes de ris d’agneau, la poularde rôtie à l’orange ; je déconseillerais en cette saison le foie de canard, qu’on pourrait remplacer par une tranche de jambon d’Épire sous glacis. Pour entremets, la croûte marasquinée aux mirabelles ou le soufflé granité de framboises ?
Le sommelier lui succéda : il s’appelait Calixte et lui ressemblait autant qu’un jumeau peut ressembler à son frère. Lui ne proposait rien, il attendait ; seul, son visage approuvait ou improuvait.
— Voyons, dit Branchet, vous prendrez bien, chère amie, un peu de vin du Rhin avec la truite, du Meursault sur le rôti et du champagne sec, — Calixte connaît mes préférences, — au dessert.
En vain Paulette parla de régime ; eaux minérales. Branchet répliqua :
— Eau de la Yungfrau, pour tremper votre vin. C’est tout ce que je vous concède.
Et saisissant passionnément la main de la jeune femme, dans le silence du salon vide et des sept tables sans clients :
— Ah ! petite chérie, que votre Stany est heureux et qu’il vous aime !
La porte s’ouvrit, et Paulette n’eut pas le temps de retirer sa main ; un couple entra, qui les reconnut, et ce couple, que la médisance appariait depuis un an, c’était la blonde Mme Alibran et le petit Joble.