— Mais pas du tout, elle prend le bon de la vie et elle a raison, car la vie est courte. Et le beau malheur, après tout, qu’elle vous ait vue. C’est la rencontre la moins fâcheuse que vous ayez pu faire ; car elle, du moins, comprend et excuse l’amour.

Paulette hochait toujours la tête d’un air fâché. Doucement, Branchet rapprocha son genou du sien ; elle ne se retira pas, et même au bout d’un instant, à sa joyeuse surprise, elle rendit la douce pression.

— Reprenez donc de ce jambon, il embaume ! Non ? Alors, vous allez faire honneur à l’entremets, Agathon l’apporte, le voici !

Paulette, — était-ce le Meursault ? fut-ce le champagne choisi au bon coin de la cave ? — se détendait. Allait-elle donc prendre son parti de cette désagréable aventure ? Apprenait-elle l’indulgence si difficile ; et très choquée d’abord de voir ici Mme Alibran, — la poutre et la paille ! — finissait-elle par trouver cela « bien parisien » ?

Ce qui est certain, c’est qu’en reprenant du soufflé granité de framboises (exquis, vraiment !) elle n’en voulait presque plus à Stany. Aux fruits, — pêches grosses comme le poing et muscat grisant comme un vin d’Espagne, — elle lui pardonnait. Et, quand il eut réglé l’addition et qu’ils se levèrent, elle se sentait prête à toutes les concessions.

Comme Stany enfilait, en tournant le dos, son pardessus, et que Joble, correct, détournait la tête pour ne pas sembler s’intéresser à leur départ, Paulette et Mme Alibran, brisant la glace de convention qui les séparait, échangèrent un rapide sourire, complicité du moment et promesse de silence.

Ce ne fut rien, et ce fut tout.

LA VICTIME

— N’y a pas meilleur, dit Mme Trique en tirant de son panier un poulet noir et jaune à crête pourpre. C’est jeune, c’est tendre, ça fond sous la dent !

— Un peu maigre, objecta Mme Boubie.