— Non, mâme, j’ai jamais tué de ces bêtes-là, et je vais pas commencer, bien sûr. Pour qu’alle me crève les yeux !
— Vous êtes folle ! Un poulet ne ferait pas du mal à une mouche ! Vous le tuerez à six heures et vous le plumerez sur-le-champ.
— J’saurais pas, mâme !
— Vous ne savez pas tuer un poulet, à votre âge ? Vous, une fille de la campagne !
— J’peux pas voir le sang, mâme ; ça me fait tourner le cœur et ça m’zibouille la rate.
— Eh bien, vous vous y habituerez, dit Mme Boubie.
Et elle tourna les talons pour aller faire la sieste qu’exigeaient la chaleur féroce et le soleil, qui brûlait à blanc le sable, tandis que M. Boubie, héroïque, sous un ample panama et pieds nus dans des espadrilles, allait, par hygiène, marcher deux heures le long de la forêt de pins dont on apercevait, à un kilomètre, la ligne bleu sombre.
Loulou et Criquette, le garçon et la fille, eux, s’étaient évadés depuis longtemps pour jouer, malgré la défense de leurs parents, avec les enfants des baigneurs et quelques polissons de Carzan-les-Bains.
A six heures, toute la famille, réunie, se préparait à l’exécution : c’était un évènement. Ursuline ayant déclaré qu’elle ne tuerait le poulet pour or ni argent, Mme Boubie avait affirmé :
— Eh bien, je le ferai, moi !