Seulement, elle ne savait comment on devait s’y prendre, et une répugnance horrifiée paralysait son geste de bravade. Fallait-il couper le cou entièrement, fendre la gorge, ou introduire le couteau dans le bec écarté ? Taillait-on en long ou en large ?

On pouvait, suggéra Ursuline, invoquer le conseil et même l’aide de Sidonie, la bonne des Cantaloubre ; mais Mme Boubie s’y refusa fièrement, ne voulant rien devoir à ces malappris, qui sifflotaient sur son passage : Viens poupoule, viens ! et qui avaient outragé M. Boubie en hissant, dans leur jardin, un mannequin sur une perche, qui lui ressemblait comme un frère.

— Petit ! petit ! petit ! appela-t-elle, en s’armant, tel un sacrificateur, d’un couteau pointu.

— Côt ! côt ! codette ! gloussa Criquette.

— Cocorico ! lança Loulou.

Mais le poulet avait disparu, soit qu’une intuition mystérieuse l’eût averti de son destin, soit qu’il eût, nomade par goût, cherché aventure plus loin.

— Il ne s’est pourtant pas en allé de la journée, attesta Ursuline. Même qu’il a fienté sur le dossier de la chaise de monsieur.

Une chaise en rotin, la seule chaise en rotin qu’on possédait, un meuble officiel, réservé à M. Boubie, qui ne s’offrait qu’aux visiteurs considérables. Le maire et le curé s’y étaient assis… pas en même temps.

M. Boubie conçut quelque aigreur, et on le vit chercher le poulet le long de la haie, dans l’allée des tournesols et près de la citerne. Ce fut Mme Boubie mère, vénérable dame à bonnet orné de rubans lilas, qui débusqua le volatile. Il dormait, accroupi, dans l’appentis au charbon, d’où il s’élança, les ailes claquantes, à la fois agressif et épouvanté.

— Gare vos yeux ! cria Ursuline. C’est traître, ces animaux-là !