— Ah ! ça va mieux !
Zoé Lacave (l’air attendri). — Si vos neveux de Vertbois vous voyaient ainsi, comme ils seraient heureux !
Madame Goulart (bourrue). — Il n’y a pas de quoi. Comment me verraient-ils, d’ailleurs, puisqu’ils sont à Biarritz et n’ont pas daigné accourir me soigner ?
Zoé Lacave. — M. de Vertbois avait la goutte et Mme la comtesse son asthme.
Madame Goulart. — Ne prenez pas leur défense ! Les Vertbois sont des égoïstes. Tous mes parents sont des égoïstes. En est-il un seul qui m’ait témoigné le chagrin ou l’intérêt que lui inspirait ma maladie ?
Zoé Lacave, — Mais tous, madame, tous ! Vos neveux Girolle, votre nièce La Clabauderie, les jeunes Teulette, et tous ces messieurs du mardi et ces dames patronnesses !
Madame Goulart. — Ouin ! Ouin ! Ouin ! parlez toujours, Zoé ; vous m’instruisez ! (Elle attaque et savoure un petit pâté à la viande.) Personne ne m’aime. Vous pas plus que les autres !
Zoé Lacave. — Oh ! Pouvez-vous dire !
Madame Goulart. — Je sais ! je sais : je suis bonne pour entretenir les espoirs cupides de mes héritiers. La tante Million, comme ils m’appellent ! Eh bien, qu’ils prennent garde ! Entendez-vous ? Qu’ils prennent bien garde ! Mon testament n’est pas encore fait. Et il pourra y avoir bien des surprises au jour de ma mort.
Zoé Lacave. — M. et Mme Girolle sont venus deux fois par jour prendre de vos nouvelles.