M. de Vertbois. — A qui voulez-vous qu’elle laisse sa fortune ?
Madame de Vertbois. — Je ne sais pas, j’ai de vagues craintes…
M. de Vertbois. — Vous avez toujours eu peur, et de tout. Ce qui me préoccupe bien plus, c’est de voir se prolonger l’état de cette pauvre malade. Elle n’a plus aucune joie ; sinon de manger… si cela s’appelle manger… Engloutir serait plutôt le terme juste. Voyons, Zoé, combien pensez-vous que cela puisse traîner encore ! Que disent les médecins ?
Zoé Lacave. — Ils ne sont pas d’accord. M. Surnulot déclare qu’elle ne passera pas deux mois ; M. Hochelet affirme qu’elle peut vivre encore des années.
Irruption d’une femme de chambre qui, agitée, très vite annonce :
— La garde prie mademoiselle de venir tout de suite. Mme Goulart a une syncope qui n’en finit plus.
Zoé Lacave se précipite. M. et Mme de Vertbois se regardent, comme deux augures, avec un sourire qui veut paraître triste ; puis ils détournent leurs regards, trop expressifs.
XII
CHEZ MAITRE MIRATON
C’est une pièce sépulcrale ; non qu’elle manque d’ampleur : elle a six fenêtres. Non qu’elle manque de meubles : un monumental bureau noir en occupe le centre et, à droite et à gauche, s’évasent deux fauteuils de cuir noir gaufré ; le long des murs s’alignent des chaises de reps noir, immobiles et rigides.
Ce n’est pas non plus qu’il fasse froid dans le cabinet de Me Miraton ; mais il semble que le feu de coke d’une large cheminée ne chauffe pas ; ce n’est pas davantage que l’aspect du notaire soit rébarbatif. Petit, jaune et gras, rond comme une boule, il sourit et cligne des yeux aimablement, par habitude, même lorsqu’il est seul comme en ce moment.