Non, la vaste pièce est sinistre naturellement, du jour blême de la rue morte, de la monotonie des cartons vert sombre qui tapissent les murs, et de tous les grimoires lugubres qui se rédigent dans l’étude.
Me Miraton, assis à son bureau, contemple avec satisfaction un amas considérable de dossiers dont les chemises portent, en ronde, le nom de Mme Goulart.
Toute la vie d’argent de la défunte tient là ; car Mme Goulart est bel et bien morte et enterrée depuis six semaines (corbillard à six chevaux, service d’ordre, orgues magistrales à Saint-Honoré-d’Eylau). Dans ces dossiers s’empilent des montagnes de baux, de quittances, de polices d’assurances, de copies d’assignations, jugements, arrêts, tous les procès que l’acariâtre vieille dame a soutenus en sa longue vie ; les contrats qu’elle a passés, les lettres innombrables qu’elle a adressées à Me Miraton et les réponses de celui-ci.
Me Miraton réfléchit à la vanité des choses humaines et à la mort, qui, seule, remet tout en place. Il a reçu les dernières confidences de Mme Goulart, il est l’instrument de ses suprêmes volontés ; et il éprouve un plaisir que quarante ans d’exercice n’ont pas blasé à la lecture du testament qu’il va faire devant les parents convoqués.
Justement on frappe à la porte ; un clerc lui remet une carte. Me Miraton demande :
— Alors, toute la famille est là ?
Le clerc répond :
— Moins M. et Mme Teulette, qui se sont excusés par lettre de ne pouvoir venir.
Maître Miraton. — C’est juste. Eh bien, introduisez.
Il se lève et accueille avec un sourire professionnel et des clins d’œil bienveillants M. et Mme de Vertbois, Mlle de la Clabauderie, M. et Girolle, M. et Mme Colembert, Mlle Zoé Lacave. Spectacle toujours intéressant pour un vieux praticien, que celui de ces douleurs de circonstance et de ces maintiens de commande.