Elle murmura d’une voix blanche :

— Qu’est-ce qui te presse tant ?

Il s’irrita.

— Tu es étonnante ! J’ai des affaires, des amis à voir, de l’argent à toucher…

Elle éprouvait une révolte écœurée ; et à sentir que c’était une façon charitable de la ménager, une suprême pitié, elle avait l’envie folle de crier :

« Tes affaires, tes amis, de l’argent ?… Allons donc ! Est-ce que je ne sais pas que c’est elle, elle seule que tu veux voir ? Ne l’ai-je pas aperçue rôdant dans la rue, sous une voilette, avant-hier encore ? Silhouette fine, démarche élégante, oh ! tu les choisis bien… Mais non, j’en suis sûre, elle est moins belle que moi ; elle ne me vaut pas… Quelle rage as-tu donc dans le sang ? Pourquoi me fais-tu ainsi souffrir, homme vil… cœur dégradé, séducteur sans foi ?… »

A ce moment, elle l’adorait et l’exécrait ; elle eût voulu pouvoir poignarder l’ennemie et la piétiner. Puis elle souhaitait l’impossible : que cette Thérèse cessât d’aimer Pierre, et qu’il revînt, repentant, à celle qui était pour lui l’ange indulgent, la fée de miséricorde.

Et elle ne cédait toujours pas. Elle se raidissait pour ne pas céder. Pourtant, elle sentait qu’il valait mieux céder et consentir, d’un coup, à quelque chose de simple et d’héroïque ; car de le laisser aller, même enveloppé de fourrures et dans une auto, dehors, par ce froid, risquer la mort…

Mais non, ce serait abominable… Pas ce sacrifice-là ! On peut être généreux, on peut être noble… Mais, tout de même, l’effort humain a des limites… Et, d’ailleurs, c’était impossible qu’il acceptât ; certainement, lui-même n’y consentirait pas… Il garderait une délicatesse dans la faute, il mettrait des formes à la trahison, il resterait correct… faute de mieux !

Pierre répéta :