— Je sors. Sonne pour que Firmin prépare mes habits.
Il se leva avec difficulté, ses jambes n’étaient pas encore d’aplomb.
— Pierre, je t’en supplie !
Inflexible, — elle connaissait cette voix coupante : rien à faire ! — il répliqua :
— Il faut que je sorte !
Elle se mordit les lèvres au sang pour étouffer la scène, l’inutile, la féroce scène de jalousie et de reproches qui lui tordrait le cœur, à elle, et qui lui ferait du mal, à lui… A quoi bon ? Qu’adviendrait-il s’il s’en allait malade et furieux chez l’autre ?…
Elle le vit résolu, et elle craignit tout : la rupture, l’abandon… Elle se dit qu’il ne fallait pas parler, surtout ne pas parler ! Et le garder, même infidèle, à tout prix !
Elle devint très blanche, et, avec un incroyable calme :
— Mais pourquoi sortir ? Tu es épuisé. Un coup de téléphone et tes amis viendront te voir. Tu es là bien tranquille, chez toi. Personne ne te dérangera, et moi, j’en profiterai pour m’absenter tout l’après-midi. J’ai bien des courses en retard.
Il la regarda, méfiant. Un piège ? Non, ce beau regard stoïque — cette fois, elle eut la force de le regarder en face, en souriant, comme on vit sourire des martyres — ce beau regard ne cachait aucune arrière-pensée.