— Je suis venue, oui… Mais quelle folie vous a pris ? Pourquoi chez vous ?… J’éprouve un malaise… Cela m’est pénible…
— Oui !… Que vous êtes délicieuse, Thérèse ! Et que ce bonnet vous va bien !
— Vous trouvez ?… Qu’est-ce que votre femme croira ?…
— M’aimez-vous toujours ?
— Certainement !
— Comme vous dites cela d’un air absent ! Mais moi, je n’ai pensé qu’à vous dans ces heures de fièvre et d’attente !
Thérèse Royse examinait la pièce, assise sur le bord de sa chaise, comme en visite, fermée et l’air contraint.
Éprouvait-elle une déception à revoir Pierre si transformé ? Oiseau léger, l’absence avait-elle relâché leur attache et diminué l’emprise de ce maître de passage ? Très convenue, était-elle choquée de se voir ici dans ce cadre étranger, non à sa place, intruse ?
Pierre perçut vite cette gêne, et la partagea. Il est certain que Thérèse, si gracieuse dans leur garçonnière aux meubles Louis XV neufs, tapis trop clairs, tentures trop roses et grands miroirs partout, semblait dépaysée dans ce grave et doux décor d’intimité conjugale. Et, malgré lui, et pour la première fois, il compara Thérèse et Marthe, la frivolité sèche de l’une à la ferveur grave de l’autre ; il n’insista point, comme il l’eût fait dans leur nid, pour l’attirer sur ses genoux, se contenta de baiser les petites mains gantées, avec une peur soudaine de lui déplaire, la crainte de vieillir et que sa maladie le rendît moins séduisant.
Elle restait nerveuse, vaguement agacée, un peu hostile. Elle lui fit promettre de se soigner, de lui téléphoner un prochain rendez-vous, chez eux, avant qu’elle ne partît pour Nice, — oui, un séjour là-bas, promis à des amis ! — et, dès qu’elle osa, sur un baiser disputé par crainte que l’on n’entrât, elle s’enfuit.