Le reste de la journée parut très long à Pierre. Chose curieuse, il ne pensait plus qu’à Marthe. Sa trahison close, après chaque détachement, il avait de ces retours du cœur. Le sang lui fit chaud aux artères quand sa femme souleva la portière.

Elle ne se méprit pas à l’atmosphère propice de la pièce, ni à l’accent sincère avec lequel, souriant, comme un homme exorcisé du mauvais songe, un homme enfin libre, Pierre lui dit :

— Comme tu rentres tard, ma chérie !

POUR SE CACHER

— Ce petit restaurant, dit Branchet, est célèbre par ses cassolettes de ris d’agneau et ses timbales de foie de canard. Il n’est connu que de rares initiés, et nous sommes certains de n’y être pas rencontrés.

La pièce paraissait étroite avec son papier à gaufrages cerise, ses panneaux gris Versailles et à filets d’or, son plafond bas : le charme vieillot d’un cabinet particulier de 1830. Il n’y avait que huit petites tables fort espacées ; le couvert était d’argent ciselé, la porcelaine de Sèvres, le linge en fine toile de Hollande. Agathon, le maître d’hôtel, s’avérait paternel et discret ; les fleurs en cornet épanouissaient leur beauté ; la carte présageait des mets fins et une note élevée.

— Souriez, petite Paulette, à votre ami qui vous adore…

— Mon bon Stany ! Tout de même, quelle imprudence !

Depuis trois jours, Paulette, malheureuse avec un insupportable mari, trahie et humiliée de cent façons, avait cédé à l’amour de Branchet, cinquante ans, une jeunesse de cœur rare, et fière allure. Il avait imploré d’elle cette faveur délicieuse : l’intimité de ce dîner ensemble, avec la certitude, en ce Paris d’été vide, que leur escapade passerait inaperçue.

— Nous serons complètement seuls, affirma-t-il, et il se mit à combiner le menu.