Alfred Tattet avait déconseillé Musset de renouer des relations qui brûlaient sa vie. Ne parvenant pas à le persuader, il cessa de le voir. Musset n'aimait point les observations; il tenait, néanmoins, à l'affection de son vieil ami. Le 28 octobre, G. Sand écrit à Alfred Tattet: «J'apprends que j'ai été la cause indirecte et très involontaire d'un différend entre vous et Alfred.» Elle serait fâchée qu'il en fût ainsi, et l'engage à venir causer.—Vraisemblablement, Tattet invoqua des prétextes pour ne pas s'y rendre, et Musset en eut du dépit.

Mais on clabaudait sur la réconciliation des deux amants. Gustave Planche recommençait les potins de l'été. Musset le provoqua en duel.

Il lui envoya, le 8 novembre, ce billet catégorique:

Monsieur,

Il m'est revenu par plusieurs personnes que vous auriez tenu sur mon compte des propos d'une nature telle que je ne peux ni ne veux les laisser passer.

Je désire savoir par vous-même si cela est vrai, afin de lui donner la suite qui me conviendra.

Je vous salue.

Vicomte ALFRED DE MUSSET.

Quai Malaquais, n° 19.

Planche nia ces propos. Le poète lui écrivit (10 novembre) qu'il se contentait de son désaveu. Nous voilà informés que Musset habitait alors chez George Sand; ils étaient pleinement réconciliés.

Ce bonheur fut encore de peu de durée. Ecoutons les pauvres amants se lamenter sur leur impuissance à conserver la paix:

De Lui à Elle: Le bonheur, le bonheur, et la Mort après, la Mort avec. Oui, tu me pardonnes, tu m'aimes. Tu vis, ô mon âme, tu seras heureuse! Oui, par Dieu, heureuse, pour moi. Eh oui, j'ai vingt-trois ans, et pourquoi les ai-je? Pourquoi suis-je dans la force de l'âge, sinon pour te verser ma vie, pour que tu la boives sur mes lèvres.

Ce soir, à dix heures, et compte que j'y serai plus tôt. Viens, dès que tu pourras. Viens pour que je me mette à genoux, pour que je te demande de vivre, d'aimer, de pardonner!

Ce soir! ce soir!

6 heures.