Note 134:[ (retour) ] Lettre publiée par M. Clouard, article cité, p. 734.
De son côté, George Sand est partie pour Nohant. Elle y éprouve comme lui un sentiment de délivrance. Son ami Boucoiran, qui a su la rupture, l'en félicite et elle lui répond: «Je ne vais pas mal, je me distrais et ne retournerai à Paris que guérie et fortifiée... Vous avez tort de parler comme vous faites d'Alfred. N'en parlez pas du tout si vous m'aimez et soyez sûr que c'est fini à jamais entre lui et moi[135].»
Note 135:[ (retour) ] Lettre du 15 novembre, citée par Mme Arvède Barine, p. 84.
Huit jours s'écoulent, Alfred est guéri; mais voici que George se reprend à l'aimer,—comme elle n'a jamais aimé. Elle revient à Paris pour le voir. Il s'y refuse. Un désespoir violent s'empare de la pauvre femme. Elle va payer toutes les larmes qu'elle a fait couler à Venise.
Dans son égarement, elle coupe sa chevelure et l'envoie à Musset. Le poète touché va se rendre: ses amis le retiennent et triomphent encore. Alors elle a recours à Sainte-Beuve.
Mais cette obstination à se torturer fatigue son confesseur d'autrefois:
Voilà deux jours que je ne vous ai vu, mon ami. Je ne suis pas encore en état d'être abandonnée, de vous surtout qui êtes mon meilleur soutien. Je suis résignée moins que jamais. Je sors, je me distrais, je me secoue, mais en rentrant dans ma chambre, le soir, je deviens folle.
Hier mes jambes m'ont emportée malgré moi; j'ai été chez lui. Heureusement je ne l'ai pas trouvé. J'en mourrai. Je sais qu'il est froid et colère en parlant de moi; je ne comprends pas seulement de quoi il m'accuse, à propos de je ne sais qui. Cette injustice me dévore le coeur; c'est affreux de se séparer sur de pareilles choses.
Et pas un mot, pas une marque de souvenir! Il s'impatiente et il rit de ce que je ne pars pas. Mais, mon Dieu, conseillez-moi donc de me tuer; il n'y a plus que cela à faire[136]!...
Note 136:[ (retour) ] Lettre du 25 novembre, publiée par M. de Lovenjoul, article cité, p. 438.
Elle le supplie de venir. Elle va tous les jours chez Delacroix, un bon ami, qui fait son portrait pour la Revue[137]. Mais le soir, elle est seule et triste. «—Seule, quelle horreur!»
Note 137:[ (retour) ] Nous savons par le Journal du grand peintre comme les passions emphatiques de G. Sand l'impatientaient...