Nous, Européens, qui sommes allés coloniser le sol africain, nous, surtout Belges, qui avons pris une part directe dans l’œuvre civilisatrice du Congo, devons-nous, pouvons-nous assister les bras croisés au grand mouvement de rapatriement qui se dessine au delà de l’Atlantique?
L’œuvre du Congo est avant tout une œuvre humanitaire et chrétienne. Ce sont des hommes et des frères qu’il s’agit de relever d’une trop longue déchéance morale et intellectuelle. C’est aussi toute une fraction de l’humanité qu’il faut appeler au progrès matériel et au développement économique.
Cependant, en allant importer d’une pièce sur le territoire africain notre civilisation si complexe, n’allons-nous pas créer là-bas un formidable antagonisme entre deux états sociaux trop disparates pour se fusionner? En mettant directement en contact le blanc raffiné et le noir encore sauvage, n’allons-nous pas nuire plutôt qu’être utiles au récent et glorieux avénement du continent noir?
L’histoire de toutes les évolutions sociales enseigne qu’il faut se garder de progrès trop rapides et sans transition; et celle de toutes les colonisations établit que le sang de l’émigrant doit se mêler à celui de l’indigène.
Est-ce nous, Européens des pays froids, qui pouvons satisfaire à cette double et impérieuse condition, ou bien devons-nous admettre comme idéal de fusion l’intermédiaire d’un troisième élément de civilisation moyenne?
La question ainsi posée est résolue d’elle-même. Notre rôle en Afrique à nous, gens du Nord, doit se borner à un droit de haute tutelle, à une direction générale de son développement matériel et moral; et, comme conséquence, à l’établissement d’utiles relations commerciales.
Mais, en ce qui concerne les rapports directs avec les noirs, c’est-à-dire tout ce qui touche à leur vie politique et sociale qu’il s’agit d’organiser et de faire progresser, c’est par l’élément nègre lui-même, guidé par les Européens, que doit se faire cette œuvre de régénération.
Notre principe donc en cette matière doit être: «L’Afrique aux noirs.»
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Aujourd’hui, s’il faut en croire les dernières nouvelles, les circonstances viendraient faciliter au plus haut point la réalisation d’un tel programme.