Les Russes n’ont pu se mettre au niveau des autres peuples qu’en envoyant pendant de longues années un certain nombre de jeunes gens en Allemagne et même en France, pour y puiser les principes d’une éducation supérieure, qui pût réagir après coup sur les grandes masses du pays,—et de nos jours encore nos écoles officielles comptent de nombreux étrangers, Serbes, Roumains, Brésiliens, Argentins, Japonnais même, tous envoyés par leur gouvernement à seule fin de s’initier à nos mœurs et à nos idées occidentales.

La proposition de notre compatriote a donc pour elle de sûrs garants. Mais avant de porter des fruits, que de sacrifices d’argent et de temps n’exigerait-elle pas?

Ces mêmes avantages, à peu de frais et de suite, une nombreuse génération de noirs américains est prête à les réaliser.

L’Afrique aux noirs! Telle donc l’œuvre à laquelle il nous faut travailler.

A Léopold II de faire entendre de nouveau sa parole, à lui de prendre l’initiative de ce rapatriement des nègres américains. Qu’il se mette en relation avec le Moïse noir, qu’il fasse offrir des terres et des positions à ceux qu’enthousiasme la parole de ce nouveau prophète, et qu’ainsi notre Roi achève glorieusement la noble tâche qu’il s’est proposée: appeler à la civilisation le continent africain.

Rendre l’Afrique aux noirs!

Cette œuvre est digne d’un cœur d’homme et de chrétien, digne aussi du souverain éclairé d’un peuple libre et travailleur.


28 juillet 1888.