Ils me racontèrent eux-mêmes la manière dont ils s’étaient débarrassés des Anglais, et ils appuyèrent fortement sur le bonheur qu’ils avaient eu de se venger.

Je ne pus m’empêcher de leur demander si la mort ne les effrayait pas? «Que voulez-vous, me dit Cayetano, c’est notre sort, il faut bien le subir; pourquoi nous affligerions-nous?»

Le lendemain, la justice eut son cours; les deux têtes furent exposées comme le jugement l’ordonnait.

Un mois après, lorsque je me préparais à revenir en France, un soir, en passant près des fourches patibulaires, je décrochai la tête de Cayetano, et l’emportai chez moi. C’est de cette tête que j’ai fait don au musée d’anatomie du jardin des Plantes.

Tels étaient les hommes que j’allais avoir à gouverner.

Le père Miguel de San-Francisco.


[1] Les Espagnols gouvernent la population indienne sans l’administrer. Le bon ordre, la tranquillité qui règnent généralement dans les provinces sont dus au conseil municipal et aux anciens de chaque bourg, qui se laissent gouverner, mais qui s’administrent.

[2] Le fouet, si avilissant pour nous, est considéré par les Indiens sous un tout autre point de vue; c’est, d’après eux, le châtiment le plus léger qu’on puisse leur infliger. Ils disent que les menaces et les injures déshonorent; que la prison ruine et abrutit; que quelques coups de fouet ne font pas grand mal, qu’ils effacent complétement la faute pour laquelle on les a reçus. Avec une pareille croyance, avec de tels usages, il fallait bien user du fouet pour punir les méchants.