Un drame dont je vais donner les détails fera juger du caractère des hommes que j’avais à gouverner.

Chapitre IX.

Jala-Jala.—Église.—Le père Miguel de San-Francisco.—Bandits. —Règlement.—Chasse aux buffles.

J’ai dit plus haut que j’avais témoigné le désir que l’on construisît une église dans mon village, non-seulement par esprit religieux, mais aussi comme moyen civilisateur; je tenais essentiellement à avoir un curé à Jala-Jala. A cet effet, je demandai à l’archevêque, monseigneur Hilarion, dont j’avais été le médecin et avec lequel j’étais lié d’amitié, qu’il me donnât un ecclésiastique que je connaissais, et qui était alors sans emploi.

J’eus beaucoup de peine à obtenir cette nomination.

«Le père Miguel de San-Francisco, me répondit l’archevêque, est un homme violent, fort entêté; il vous sera impossible de vivre avec lui.»

Je persistai; et comme la persistance amène toujours un résultat, j’obtins enfin qu’il fût nommé curé à Jala-Jala.

Le père Miguel était d’origine japonaise et malaise. Il était jeune, fort, courageux, et très-capable de m’aider dans les circonstances difficiles qui se seraient présentées, comme, par exemple, s’il eût fallu se défendre contre des bandits.

Je dois déclarer que, malgré les prévisions et, je pourrais dire, les préventions de mon honorable ami l’archevêque, je le conservai tout le temps de mon séjour à Jala-Jala, et n’eus pas la moindre discussion avec lui.