Je ne pouvais lui reprocher qu’un seul fait regrettable, c’était de ne pas assez prêcher ses paroissiens. Il ne les sermonnait qu’une fois l’an, encore son discours était-il toujours le même, et divisé en deux parties: la première en langue espagnole, à notre intention, et la seconde en tagaloc pour les Indiens. Ah! que de gens j’ai rencontrés depuis qui eussent dû imiter le bon curé de Jala-Jala!

Aux observations que je lui faisais parfois, «Laissez-moi faire, et ne craignez rien, répondait-il: il ne faut pas tant de paroles pour faire un bon chrétien.» Peut-être disait-il vrai!...

Depuis mon départ, le bon prêtre est mort, emportant dans la tombe les regrets de tous ses paroissiens!

Comme on le voit, j’étais au commencement de mon œuvre de civilisation. Il était nécessaire, pour acquérir sur mes Indiens l’influence que je voulais obtenir, de contracter avec eux des engagements qui leur assurassent les priviléges que je leur accordais en qualité de propriétaire, et de leur part les charges auxquelles ils s’obligeaient envers moi.

Ces conventions entre le maître et le fermier, débattues avec les anciens du bourg et adoptées à l’unanimité, me paraissent assez curieuses pour les indiquer ici en abrégé.

On verra que les clauses de cette espèce de charte constitutionnelle protégeaient bien plus les Indiens que mes propres intérêts:

«Les habitants de Jala-Jala, sans exception, sont gouvernés par leur chef, le gobernadorcillo.

«Celui-ci est élu tous les ans, selon l’usage, par les anciens et les cabessas de barangay.

«Lui seul peut administrer la justice, à moins que les parties plaignantes ou l’accusé ne demandent à être jugés par le seigneur de Jala-Jala.

«Le gobernadorcillo est chargé de l’administration du bourg.