Là, ces jeunes gens apprenaient un peu d’espagnol et se formaient aux usages du monde, qui leur étaient tout à fait inconnus.

Moi, je surveillais tout en général. Je m’occupais des travaux de culture, de donner une bonne direction aux bergers qui conduisaient les bestiaux que j’avais acquis pour faire valoir mes pâturages.

J’étais aussi le médiateur des différends qui s’élevaient entre mes colons. Ils aimaient mieux s’adresser à moi qu’au gobernadorcillo; j’étais parvenu à prendre sur eux l’influence que je voulais obtenir.

Une partie de mon temps, et ce n’était pas la moins occupée, se passait à chasser les bandits de mon habitation et de ses alentours.

Quelquefois je partais avant le jour et ne revenais que la nuit. Alors je retrouvais ma femme, toujours bonne, affectueuse, dévouée; son accueil me récompensait des fatigues de la journée. O félicités presque parfaites, je ne vous ai jamais oubliées! Temps heureux, qui as laissé d’ineffaçables traces dans ma mémoire, tu es toujours présent à ma pensée! J’ai vieilli, mais mon cœur est toujours resté jeune pour se ressouvenir!...

Dans ces longues causeries du soir, nous nous rendions compte des travaux du jour et de tout ce qui nous était arrivé. C’était l’instant des douces confidences. Heures trop tôt envolées, hélas! heures fugitives, vous ne reviendrez plus!...

C’était l’heure aussi de mes audiences, véritable lit de justice renouvelé de saint Louis, et ouvert à mes sujets.

La porte de ma maison accueillait tous les Indiens qui avaient quelque chose à me communiquer.

Assis avec ma femme autour d’une grande table ronde, j’écoutais, en prenant le thé, toutes les demandes qui m’étaient faites, toutes les réclamations qui m’étaient adressées.

C’était pendant ces audiences que je rendais mes arrêts.