Mon calme, ma fermeté, ma justice, ces trois grandes qualités sans lesquelles il n’est pas de gouvernement possible, satisfaisaient beaucoup ces natures encore vierges et indomptées.

Mais une chose les inquiétait cependant. Étais-je brave?

Voilà ce qu’ils ignoraient, et ce qu’ils se demandaient souvent.

Ils répugnaient à l’idée d’être commandés par un homme qui n’aurait pas été intrépide devant le danger.

J’avais bien fait quelques expéditions contre les bandits, mais ces expéditions avaient été sans résultat, et d’ailleurs elles ne pouvaient pas me servir à faire mes preuves de bravoure aux yeux des Indiens.

Je savais fort bien qu’ils formeraient leur opinion définitive sur moi en raison de ma conduite dans la première occasion périlleuse que nous viendrions à rencontrer; j’étais donc décidé à tout entreprendre pour égaler au moins le meilleur et le plus brave de tous mes Indiens: tout était là! Je comprenais l’impérieuse nécessité dans laquelle j’étais de me montrer, non-seulement égal, mais supérieur pendant la lutte, si je voulais conserver mon commandement.

L’occasion se présenta enfin de subir l’épreuve que désiraient mes vassaux.

Les Indiens regardent la chasse au buffle comme la plus dangereuse de toutes les chasses, et mes gardes me disaient souvent qu’ils préféreraient se trouver la poitrine à nu à vingt pas du canon d’une carabine, que de se trouver à cette distance d’un buffle sauvage.

«La différence, disaient-ils, c’est que la balle d’une carabine peut blesser seulement, et que le coup de corne du buffle tue toujours.»

Je profitai de la frayeur qu’ils ont pour cette sorte d’animal, et je leur déclarai un jour, et cela le plus froidement qu’il me fut possible, mon intention formelle de le chasser.