Alors ils employèrent toute leur éloquence pour me faire renoncer à mon projet; ils me firent un tableau très-pittoresque et fort peu encourageant des dangers, des difficultés que je pouvais rencontrer, moi surtout qui n’étais pas habitué à cette sorte de guerre; car un pareil combat est en effet une espèce de guerre à mort.

Je ne voulus rien écouter.

J’avais parlé; je ne voulais pas discuter, et je regardai comme non avenus tous leurs conseils.

Bien m’en prit, car ces conseils affectueux, ces tableaux effrayants des dangers que je voulais courir n’étaient donnés et tracés que pour me tendre un piége: ils s’étaient concertés entre eux afin de juger de mon courage par mon acceptation ou mon refus de combattre.

J’ordonnai la chasse; ce fut ma réponse.

J’évitai avec le plus grand soin que ma femme fût informée de notre excursion, et je partis accompagné d’une dizaine d’Indiens, presque tous armés de fusils.

La chasse au buffle se fait autrement dans les montagnes que dans les plaines.

En plaine, on n’a besoin que d’un bon cheval, de beaucoup d’adresse et d’agilité pour lancer le lacet.

Mais dans les montagnes c’est différent; il faut plus que cela, il faut un sang-froid extraordinaire.

Voici ce que l’on fait: on s’arme d’un fusil dont on est sûr, et l’on va se placer de façon à ce que le buffle, en sortant du bois, vous aperçoive.