Du plus loin qu’il vous voit, il s’élance sur vous de toute la vitesse de sa course, brisant, rompant, foulant sous ses pieds tout ce qui fait obstacle à son passage; il fond sur vous comme s’il allait vous écraser; puis, arrivé à quelques pas, il s’arrête quelques secondes, et présente ses cornes aiguës et menaçantes.
C’est pendant ce temps d’arrêt que le chasseur doit lâcher son coup de feu, et envoyer sa balle au milieu du front de son ennemi.
Si par malheur le fusil rate, ou bien si le sang-froid fait défaut, que la main tremble, que le coup dévie, il est perdu; la Providence seule pourra le sauver!
Voilà peut-être le sort qui m’attendait; mais j’étais décidé à tenter cette cruelle épreuve, et je marchais avec intrépidité... peut-être à la mort.
Nous arrivâmes sur la lisière d’un grand bois où nous pressentions qu’il y avait des buffles; nous nous arrêtâmes.
J’étais sûr de mon fusil, je croyais l’être assez de mon sang-froid; je voulus alors que la chasse fût faite comme si j’eusse été un simple Indien.
Je me fis placer à l’endroit où tout faisait présumer que l’animal viendrait à passer, et je défendis à qui que ce soit de rester auprès de moi.
J’exigeai que chacun prît sa place, et dès lors je restai seul en rase campagne, à deux cents pas de la lisière de la forêt, à attendre un ennemi qui ne devait pas me faire de grâce si je le manquais.
Je l’avoue, c’est un moment solennel que celui où l’on est placé entre la vie et la mort, et cela par le plus ou le moins de justesse d’un fusil, ou le plus ou le moins de calme du bras qui le tient.
Quand chacun fut à son poste, deux piqueurs entrèrent dans la forêt. Ils s’étaient au préalable débarrassés d’une partie de leurs vêtements, à l’effet de mieux gravir au haut des arbres en cas de danger; pour toute arme ils avaient un coutelas, les chiens les accompagnaient.