Pendant plus d’une demi-heure il se fit un morne silence.
Chacun de nous écoutait si quelque bruit n’arriverait pas à son oreille inquiète; rien ne se faisait entendre. Le buffle reste souvent fort longtemps sans donner signe de vie.
Au bout de la demi-heure nous entendîmes les aboiements réitérés des chiens, les cris des piqueurs: la bête était dépistée.
Elle se défendait des chiens jusqu’au moment où, devenue furieuse, elle s’élancerait d’un trait vers la lisière du bois.
Au bout de quelques instants j’entendis le craquement des branches et des jeunes arbres que le buffle brisait sur son passage avec une effrayante rapidité. Cette course ne pouvait se comparer qu’au galop de plusieurs chevaux, au bruit précurseur d’un monstre, et je dirai presque d’un être fantastique:—c’était comme une avalanche qui s’avançait.
En ce moment, je l’avoue, j’éprouvais une émotion si vive, que mon cœur battait avec une rapidité extraordinaire. N’était-ce pas la mort, et une mort affreuse peut-être, qui m’arrivait là?
Soudain le buffle apparut...
Il fit un mouvement d’arrêt, promena ses regards effrayés autour de lui, huma l’air de la plaine qui s’étendait au loin; puis, le museau au vent, les cornes couchées pour ainsi dire sur le dos, se dirigea vers moi furieux et terrible...
Le moment était venu.
Si j’avais attendu l’occasion de montrer aux Indiens mon courage et mon sang-froid, en revanche le moment que j’avais choisi était grave, et demandait bien en effet ces deux précieuses qualités.