J’étais là, je puis le dire, face à face avec le danger: le dilemme était, de tous les dilemmes, le plus logique, le plus précis: vainqueur ou vaincu, il fallait une victime: le buffle ou moi; et nous étions tous deux également disposés à nous bien défendre.

Il me serait difficile de raconter exactement ce qui se passa d’abord en moi pendant le court espace que le buffle mit à traverser la distance qui nous séparait.

Mon cœur, si vivement agité pendant la course de l’animal à travers la forêt, ne battait plus alors... Mes yeux étaient arrêtés sur lui, mes regards fixés à son front, tellement que je ne voyais rien autour de moi.

Il se fit dans mon esprit un silence profond... J’étais trop absorbé d’ailleurs pour rien entendre, et cependant les chiens aboyaient toujours, en suivant leur proie à une courte distance.

Enfin, le buffle baissa sa tête en présentant ses cornes aiguës, fit un temps d’arrêt; puis, prenant son élan, s’élança pour se jeter sur moi; je fis feu.

Ma balle alla lui labourer l’intérieur du crâne: j’étais à demi sauvé.

L’animal vint s’abattre à un pas au-devant de moi: on eût dit un quartier de roche qui se détachait, tant sa chute fut lourde et bruyante tout à la fois.

Je lui mis le pied entre les deux cornes, et je m’apprêtais à lâcher mon second coup, lorsqu’un beuglement sourd et prolongé m’avertit que ma victoire était complète: l’animal avait rendu le dernier soupir.

Mes Indiens arrivèrent.

Leur joie tourna à l’admiration; ils étaient enchantés; j’étais pour eux tel qu’ils me désiraient.