Tous leurs doutes s’étaient envolés avec la fumée de mon fusil lorsque j’avais ajusté et tiré le buffle. J’étais brave, j’avais toute leur confiance: mes preuves étaient faites.
Ma victime fut coupée en morceaux, et portée en triomphe au village. Comme vainqueur, je pris ses cornes; elles avaient six pieds de long; je les ai depuis déposées au Muséum de Nantes.
Les Indiens, ces imagistes, ces donneurs de surnom, me nommèrent dès lors Malamit-Oulou, mots tagals qui signifient: Tête froide.
J’avouerai, sans amour-propre, que l’épreuve à laquelle mes Indiens m’avaient soumis était assez sérieuse pour leur donner une opinion définitive de mon courage, et leur prouver qu’un Français était aussi brave qu’eux.
L’habitude que je pris plus tard de chasser ainsi me prouva que l’on courait moins de dangers lorsque l’arme dont on se servait était bonne, et que le sang-froid ne manquait pas.
Une fois par mois environ, je me livrais à cet exercice qui donne de si vives émotions, et j’avais reconnu la facilité avec laquelle on pouvait loger une balle dans une surface plane, de quelques pouces de diamètre, à quelques pas de soi.
Mais il n’en est pas moins vrai que les premières chasses étaient très-dangereuses.
Une seule fois, je permis à un Espagnol nommé Ocampo de nous accompagner.
J’avais eu le soin de placer deux Indiens à ses côtés; mais lorsque je l’eus quitté pour aller prendre mon poste, l’imprudent renvoya les deux hommes, et bientôt le buffle débusqua du bois, et se dirigea sur lui. Il lâcha ses deux coups de feu et manqua l’animal; nous entendîmes les détonations, nous accourûmes en toute hâte: mais il était trop tard! Ocampo n’existait plus. Le buffle l’avait traversé de part en part, son corps était sillonné par d’affreuses blessures.
Un aussi douloureux accident ne se renouvela plus.