Quelquefois, vers le soir, la nature se montrait dans toute sa splendeur imposante, et faisait descendre au fond des âmes un secret effroi. Tout accusait l’influence sacrée du Dieu créateur.
A une faible distance de notre habitation, on apercevait une montagne dont la base était dans le lac et le sommet dans les cieux. Cette montagne servait de paratonnerre à Jala-Jala: elle attirait sur elle la foudre.
Souvent de gros nuages noirs, chargés d’électricité, s’amoncelaient sur ce point culminant; on eût dit d’autres monts cherchant à renverser celui-là. Un orage se formait, le tonnerre grondait avec fureur, la pluie tombait à torrents, des détonations terribles se succédaient de minute en minute, et l’obscurité profonde était à peine interrompue par la foudre qui sillonnait l’espace en longs serpents de feu pour aller frapper, sur le sommet et le flanc de la montagne, d’énormes blocs de rochers qu’elle précipitait dans le lac avec fracas.
C’était une des admirables colères de Dieu!
Bientôt tout se calmait; la pluie ne tombait plus, les nuages disparaissaient, l’air embaumé apportait tous les parfums des fleurs et des plantes aromatiques sur ses ailes encore humides, et la nature reprenait sa tranquillité ordinaire!
Plus tard, j’aurai l’occasion de parler d’un autre spectacle que nous avions aussi à certaines époques, et qui était d’autant plus effrayant qu’il durait douze heures. C’étaient les coups de vent appelés Tay-Foung dans les mers de la Chine.
A diverses époques de l’année, particulièrement dans celle où s’opère le changement de mousson[1], nous subissions des phénomènes plus terribles encore que nos orages; je veux parler des tremblements de terre.
Ces tremblements affreux présentent un aspect bien différent à la campagne de ce qu’ils sont dans les cités.
Dans les villes, la terre commence-t-elle à trembler? partout on entend un bruit épouvantable; les édifices craquent, et sont prêts à s’écrouler; les habitants se précipitent hors des maisons, courent par les rues qu’ils encombrent, et cherchent à se sauver. Les cris des enfants effrayés, des femmes éplorées se mêlent à ceux des hommes éperdus; chacun est à genoux, les mains jointes, les regards levés vers le ciel, et l’implore avec des larmes dans la voix. Tout s’émeut, tout s’agite, tout redoute la mort, et l’effroi devient général.
A la campagne, c’est tout le contraire, et c’est cent fois plus imposant et plus terrible.