J’avais tué un buffle à la chasse, j’avais dès lors fait mes preuves, et mes Indiens m’étaient dévoués, car ils avaient confiance en moi.

Rien plus ne me préoccupait, et j’employais mon temps à faire exécuter des travaux dans la campagne.

Bientôt les bois, les forêts avoisinant mon domaine tombèrent sous la cognée, et furent remplacés par des champs immenses d’indigo et de riz.

Je peuplai les montagnes de bêtes à cornes, et d’une belle troupe de chevaux aux pieds fins et à l’œil fier.

Je parvins peu à peu à éloigner les bandits de Jala-Jala. Je dois dire qu’un grand nombre d’entre eux avaient abandonné leur vie errante et criminelle; je les avais recueillis sur mes terres, et j’en avais fait de bons cultivateurs.

Comment étais-je arrivé à faire de pareilles recrues?

J’avoue que le moyen était un peu bizarre, et mérite qu’on le raconte; on verra combien l’Indien se laisse influencer et conduire lorsqu’il a confiance dans un homme qu’il regarde comme lui étant supérieur.

Je me promenais très-souvent dans les forêts, seul, et tenant mon fusil sous mon bras. Tout à coup un bandit, sorti comme par enchantement de derrière un arbre, m’apparaissait armé de pied en cap, et s’avançait sur moi.

«Maître, me disait-il en mettant un genou en terre, je veux être un honnête homme, prenez-moi sous votre protection!»

Je m’informais alors de son nom; s’il était signalé par la haute cour de justice, je lui répondais sévèrement: