Ce discours achevé, le guerrier reprit la tête, la divisa à coups de hache, et en retira la cervelle.
Pendant cette opération peu agréable à voir, un autre guerrier prit une seconde tête, la présenta aux chefs; le même discours fut prononcé, puis le guerrier brisa le crâne, ôta la cervelle.
Il en fut ainsi pour les quatre dépouilles sanglantes des ennemis vaincus.
Quand les cervelles furent retirées, les jeunes filles les broyèrent avec leurs mains dans les vases contenant la liqueur de jus de canne fermentée. Elles remuèrent le tout, puis les vases furent rapprochés des chefs; ceux-ci plongèrent dedans de petites coupes en osier qui laissaient échapper par leurs fissures la partie trop liquide; ce qui restait au fond des petits paniers fut bu par eux avec extase et sensualité.
J’éprouvai un affreux mal de cœur à ce spectacle, nouveau pour moi.
Après le tour des chefs, vint le tour des guerriers. Les vases leur furent présentés, et chacun y puisa avec délices l’affreux breuvage, au bruit des chants sauvages.
Il y avait vraiment dans ce sacrifice à la victoire quelque chose d’infernal....
Nous étions rangés en cercle, et les vases promenés à la ronde. Je compris que nous allions avoir une épreuve bien dégoûtante à subir.
En effet, hélas! elle ne se fit pas attendre. Les guerriers s’arrêtèrent devant moi, et me présentèrent le basi[2] et l’affreuse coupe.
Tous les regards se fixèrent sur moi. L’invitation était bien directe; la refuser, c’était s’exposer peut-être à la mort!