Il se fit en moi un combat que je ne saurais rendre...
J’eusse préféré la carabine d’un bandit à cinq pas de ma poitrine, ou attendre, ainsi que je l’avais déjà fait, que le buffle sauvage sortît du bois.
Quelle perplexité! Je n’oublierai jamais cet horrible moment; il me glaça d’effroi et de dégoût.
Cependant je me contins, rien ne trahit mon émotion; j’imitai les sauvages, et, trempant la coupe d’osier dans la boisson, je l’approchai de mes lèvres... et la passai au malheureux Alila, qui ne put éviter l’infernale boisson.
Le sacrifice était accompli.
Les libations cessèrent, mais il n’en fut pas de même des chants.
Le basi est une liqueur très-spiritueuse et très-enivrante, et les assistants, qui avaient usé outre mesure de cet infernal breuvage, chantaient plus fort au bruit du tam-tam et de la conge, pendant que les guerriers divisaient les crânes humains en petits morceaux, destinés à être envoyés comme cadeaux à toutes les bourgades amies.
La distribution se fit séance tenante, puis les chefs déclarèrent la cérémonie terminée.
On se mit alors à danser. Les sauvages se divisèrent en deux lignes, et, hurlant comme s’ils eussent été enragés ou fous furieux, ils se mirent à sauter en appliquant leur main droite sur l’épaule de leur vis-à-vis, et à changer de place avec lui.
Ces danses durèrent toute la journée; enfin la nuit vint, chaque habitant se retira avec sa famille et quelques hôtes dans sa demeure aérienne, et tout rentra dans l’ordre.