«Quelle maudite idée a donc le maître? Qu’allons-nous voir dans cette malheureuse case? Si ce n’est le Tic balan[3], ou Assuan[4], nous ne trouverons rien.»
Pendant ces réflexions de l’Indien, le feu prit. J’allumai, sans rien dire, une mèche de coton enduite de gomme-élémie que je portais toujours sur moi dans mes voyages, et je commençai ma visite.
Je parcourus tout l’intérieur de l’habitation sans rien trouver, pas même le Tic balan ou Assuan, comme le pensait mon lieutenant.
Je croyais ma visite infructueuse, lorsque l’idée me prit de descendre au rez-de-chaussée de la case; car toutes les cases sont élevées de huit à dix pieds au-dessus du sol, et le dessous du plancher, fermé avec des bambous, sert de magasin.
Je descendis. Quelqu’un qui eût pu me voir, moi, blanc, Européen, enfant d’un autre hémisphère, errer la nuit, une mèche à la main, dans la case d’un Tinguianès, eût été vraiment surpris de mon audace et je dirais presque de mon entêtement à chercher le danger, à courir après le merveilleux et l’inconnu.
Mais je marchais sans réfléchir à la singularité de mon action. Comme disent les Indiens, «je suivais ma destinée.»
Lorsque j’eus atteint le sol, j’aperçus, au milieu du carré formé par l’entourage des bambous, une espèce de trappe, et je m’arrêtai satisfait. Alila me regardait avec étonnement. Je soulevai la trappe, et je vis alors un puits assez profond. Je regardai avec ma lumière, mais je ne pus découvrir le fond; seulement, sur les côtés, à une profondeur de quatre à cinq mètres environ, je crus distinguer des ouvertures que je pris pour les entrées de galeries souterraines... Que venais-je de découvrir?... Allais-je, comme Gil Blas, pénétrer chez un peuple de bandits vivant dans les entrailles de la terre, ou bien trouverais-je, comme dans les contes des Mille et une nuits, quelques belles jeunes filles prisonnières d’un mauvais génie? En vérité, ma curiosité augmentait au fur et à mesure de mes découvertes.
«Il y a ici quelque chose d’étrange, dis-je à mon lieutenant. Allume une seconde mèche, je vais descendre au fond de ce puits.»
En entendant cet ordre, mon fidèle Alila fit un geste d’épouvante, et se hasarda à me dire, d’un ton chagrin:
«—Comment, maître, vous n’êtes pas content de voir ce qu’il y a sur terre, vous voulez encore voir ce qu’il y a dedans?»