Cette observation naïve me fit sourire. Il continua:
«—Vous voulez me laisser seul ici! Et si l’âme du Guinanès dont j’ai bu la cervelle vient me chercher, que deviendrai-je? Vous ne serez plus là pour me défendre!»
Mon lieutenant n’eût pas craint vingt bandits, il aurait lutté seul contre eux jusqu’à la mort; mais ses jambes tremblaient, sa voix était émue, sa figure effrayée, à l’idée de rester seul dans cette case, exposé à la vue de l’âme du Guinanès qui viendrait lui demander sa cervelle!
Pendant qu’il m’adressait ses plaintes, j’avais appuyé mon dos d’un côté du puits, mes genoux de l’autre, et je descendais.
J’avais franchi deux à trois mètres environ, lorsque je sentis des gravois qui tombaient sur moi; je levai la tête, et je vis Alila qui descendait aussi. Le pauvre garçon n’avait pas voulu rester seul.
«Bravo! lui dis-je; tu deviens donc curieux? Tu seras récompensé, va; nous verrons de fort belles choses... » Et je continuai mon voyage sous terre.
Après avoir franchi cinq mètres environ, j’arrivai à l’ouverture que j’avais remarquée d’en haut, et je m’y arrêtai; je plaçai ma lumière en avant, et je vis une espèce de niche au fond de laquelle était assis un corps tinguian desséché, noir, à l’état de momie.
Je ne dis rien, j’attendais mon lieutenant, et voulais jouir de sa surprise. Lorsqu’il fut à côté de moi:
«Tiens, lui dis-je, vois!... »
Il resta stupéfait...