«Maître, dit-il enfin, je vous en prie, partons; sortons de ce trou maudit! Menez-moi pour combattre les Tinguianès du village, je suis prêt. Mais ne restons pas là avec des morts! Que voulez-vous que nous fassions de nos armes, s’ils nous apparaissent tout à coup pour nous demander pourquoi nous sommes là?»

«—Rassure-toi, lui répondis-je, nous n’irons pas plus loin.»

J’avais compris que ce puits était une tombe, et que plus bas je verrais encore des Tinguianès conservés.

Je respectai l’asile des morts, et je remontai, à la grande satisfaction d’Alila.

Nous remîmes tout en place, nous regagnâmes l’étage de la case, et je m’endormis, car mon lieutenant ne pouvait songer même à se reposer: la momie et le basi le tenaient éveillé.

Le lendemain, avant le jour, nos hôtes commencèrent à descendre de leurs régions élevées, et nous quittâmes notre gîte pour aller faire nos préparatifs de départ.

J’avais assez séjourné à Laganguilan y Madalag; je désirais me rendre à Manabo, grand village situé à peu de distance de Laganguilan. Je profitai des gens de Manabo qui étaient venus assister à la cérémonie des cervelles (c’est ainsi que j’avais surnommé la fête sauvage), et je partis avec eux.

Dans la troupe, il s’en trouvait un qui avait habité quelque temps parmi les Tagalocs; il parlait un peu leur langage, que je possédais assez bien.

Je profitai de cet heureux hasard, et pendant toute la route je causai avec le sauvage, l’interrogeant sur les usages, les coutumes, les mœurs de ses compatriotes.

Un point surtout me préoccupait. J’ignorais quelle était la religion de ces peuplades si curieuses à étudier. Jusqu’alors je n’avais vu aucun temple, rien qui ressemblât à une idole; j’ignorais quel était leur dieu.