Mon guide, bavard comme un Indien, me renseigna fort bien et promptement.

«Les Tinguianès, me dit-il, n’ont aucune vénération pour les astres; ils n’adorent ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles. Ils croient à l’existence de l’âme, et prétendent qu’elle se détache du corps et reste dans la famille après la mort.»

Ils ont, comme on le voit, un commencement de saine religion et de douce philosophie. On regrette moins la vie, si l’on pense laisser quelque chose de soi à ceux que l’on quitte! Quant au dieu qu’ils adorent, il varie et change de forme, selon les hasards et les circonstances. Voici pourquoi:

Lorsqu’un chef tinguianès a trouvé dans la campagne un rocher ou un tronc d’arbre de forme bizarre, c’est-à-dire représentant assez bien un chien, une vache, un buffle, il le dit à la bourgade; et le rocher ou le tronc d’arbre est aussitôt considéré comme un dieu, c’est-à-dire comme une chose supérieure à l’homme.

Alors tous les habitants du village se rendent au lieu indiqué, emportant avec eux des provisions et quelques porcs vivants.

Arrivés là, ils élèvent au-dessus de l’idole nouvelle un toit en paille pour la couvrir, et font un sacrifice en faisant rôtir les porcs; puis, au son des instruments, ils exécutent des danses jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de provisions.

Quand tout a été bu et mangé, on met le feu au toit de paille, et l’idole est oubliée jusqu’à ce que le chef, en ayant découvert une autre, ordonne une nouvelle cérémonie.

Relativement aux mœurs, voici ce que j’ai appris:

Le Tinguianès a ordinairement une femme légitime et plusieurs concubines; mais la femme légitime habite seule la maison conjugale, et les maîtresses ont chacune une case séparée.

Le mariage est une convention entre les deux familles des époux. Le jour de la cérémonie, l’homme et la femme apportent leur dot en nature: cette dot se compose de vases en porcelaine, de verroteries, de grains de corail, et quelquefois d’un peu de poudre d’or. Elle ne profite en rien aux époux, car on la distribue à leurs parents.