«Cet usage, me disait mon guide en forme d’observation, a été établi pour empêcher le divorce, qui ne pourrait avoir lieu qu’en restituant intégralement tous les objets qui ont été apportés par celui qui le demanderait.»
Le moyen est assez adroit pour des sauvages; c’est agir en gens civilisés. En effet, les parents ont tous intérêt à empêcher la séparation, puisqu’ils devront restituer les cadeaux reçus; et si l’un des époux persistait à la demander, ils l’en empêcheraient par la disparition d’un seul objet donné, tel qu’un grain de corail ou un vase de porcelaine. Sans cette sage mesure, il est à penser qu’avec des concubines, un mari divorcerait très-souvent.
Mon compagnon de voyage m’instruisait sur tout ce que je voulais savoir.
«Le gouvernement, me dit-il après s’être reposé quelques instants, est tout à fait paternel. C’est le doyen d’âge qui commande.»
C’est comme à Lacédémone, pensais-je; on y honore la vieillesse.
Les lois sont conservées par tradition, les Tinguianès n’ayant aucune idée de l’écriture.
Dans certains cas, on applique la peine de mort. Lorsque l’arrêt fatal a été prononcé, il faut que le Tinguianès qui l’a mérité s’échappe s’il veut l’éviter, et aille vivre dans les forêts; car les vieillards ayant parlé, tous les habitants sont tenus d’exécuter leur jugement.
La société se divise en deux classes, comme parmi les Tagalocs: la noblesse et le peuple.
Quiconque possède est noble, et pour posséder il suffit de pouvoir présenter en public un certain nombre de vases en porcelaine. Ces vases constituent toute la richesse des Tinguianès.
Nous causions encore des usages des naturels du pays, lorsque nous arrivâmes à Manabo.