Depuis Laganguilan, mon guide, mon cicérone, n’avait presque pas gardé le silence.

Mes regards furent attirés par les flammes qui s’échappaient de dessous une case, où un grand feu était allumé. Autour du feu, je vis plusieurs personnes rassemblées, qui hurlaient comme des loups.

«—Ah! ah! me dit mon guide d’un air satisfait, voici un enterrement. Je ne vous ai encore rien dit de ces cérémonies; mais vous jugerez par vous-même de ce qu’elles sont. Il sera encore temps demain. Vous devez être fatigué, je vais vous conduire à ma case de jour, et vous pourrez vous reposer sans danger des Guinanès, car l’enterrement oblige beaucoup de monde à veiller cette nuit.»

J’acceptai l’offre qui m’était faite, et nous allâmes prendre possession de la case du Tinguianès.

J’étais de premier quart, et mon pauvre Alila, un peu rassuré, s’endormit profondément. Bientôt je l’imitai, et nous ne nous éveillâmes qu’au grand jour.

Nous venions à peine de terminer notre repas du matin, composé de patates, de palmier et de viande de cerf boucanée, lorsque mon guide de la veille vint me prendre pour me conduire où se célébraient les funérailles du défunt. Je le suivis, et nous prîmes place à quelques pas du cortége.

Funérailles et dessiccation d’un Tinguianès.

J’assistai à un étrange spectacle.

Le défunt était assis au milieu de sa case sur une espèce d’escabeau; au-dessous de lui et à ses côtés, il y avait dans d’énormes réchauds des feux très-ardents; à une certaine distance, une trentaine d’assistants étaient assis en cercle.