Une dizaine de femmes formaient également un cercle; elles étaient plus rapprochées du corps, auprès duquel était la veuve, que l’on reconnaissait à une longue toile blanche qui l’enveloppait des pieds à la tête.
Les femmes portaient toutes du coton avec lequel elles essuyaient les sérosités que le feu faisait sortir du cadavre, qui rôtissait petit à petit.
De temps en temps, un des Tinguianès prenait la parole, et prononçait, sur un ton lent et cadencé, un discours qu’il terminait par une sorte d’hilarité bruyante, imitée de tous les assistants.
Après quoi on se levait, on mangeait des morceaux de viande boucanée, on buvait du basi, et l’on exécutait une danse en répétant les dernières paroles de l’orateur.
J’endurai—c’est le mot—ce spectacle pendant une heure environ; mais je ne me sentis pas le courage de demeurer dans la case plus longtemps. L’odeur qu’exhalait le cadavre était insupportable. Je sortis prendre l’air, mon guide me suivit, et je le priai de me dire ce qui s’était fait depuis le commencement de la maladie du trépassé.
«—Volontiers, me répondit-il.»
Heureux de respirer librement, j’écoutai avec intérêt le récit suivant:
«—Quand Dalayapo, me dit le conteur, tomba malade, on l’apporta sur la grande place pour lui appliquer les grands remèdes; c’est-à-dire que tous les hommes du village vinrent en armes, et au son de la conge et du tam-tam, pour pratiquer pendant un soleil des danses autour du malade. Mais ce grand remède fut sans effet, le mal était incurable. Au coucher du soleil, on rapporta notre ami dans sa maison, et on ne s’occupa plus de lui. Sa mort était certaine, puisqu’il n’avait pas voulu danser avec ses compatriotes.»
Je ris du remède et du raisonnement, mais je n’interrompis pas le narrateur.
«—Pendant deux jours Dalayapo fut dans un état de souffrance, puis, au bout de ces deux jours, il ne souffla plus... et lorsqu’on s’en aperçut, on le mit tout de suite sur le banc où nous l’avons vu tout à l’heure.